Si la France est souvent moquée pour le nombre de prix littéraires qu’elle décerne à tour de bras et pour tout le cirque médiatique qui accompagne le choix des heureux élus, la grande patrie internationale de la science-fiction et de la fantasy n’est pas en reste : Wikipédia dénombre près d’une cinquantaine de prix littéraires de SFFF.

On peut évidemment critiquer les prix autant qu’on voudra : les critères de choix ne sont jamais très clairs, de très bons livres en sont exclus et les prix tendent à concentrer les ventes sur les quelques titres mis en valeur, au détriment du reste de (l’abondante) production littéraire.

Oui, mais ces prix sont bien pratiques pour se retrouver dans le champ potentiellement infini de la SFFF et contribuent parfois à mettre sous les feux des projecteurs des auteurs ou des genres vers lequel on ne serait pas allés spontanément. Embarquons donc pour un petit tour des prix littéraires de science-fiction les plus connus

Pas d’hésitation sur celui par lequel il faut commencer : c’est évidemment le prix Hugo, à la fois pour sa célébrité, sa qualité et sa longévité qui l’a fait entrer cette année  au livre Guinness des records : il est décerné depuis 1953 !

D’où vient son nom ?

En tant que Frenchies on pense tout de suite à notre Victor national (Demain dès l’aube…, patati patata) mais non : l’intitulé du prix fait référence – et rend hommage –  à Hugo Gernsback. Cet auteur de SF a vécu au tournant des XIX° et XX siècles (1884-1967) et il est surtout connu pour avoir fondé le fanzine Amazing Stories. C’est aussi le créateur (putatif) du terme de science-fiction.

Comment rentre-t-on en lice ? 

Il faut tout simplement que l’œuvre considérée soit écrite en anglais et qu’elle ait été publiée dans l’année (calendaire) précédant la convention.

Le prix Hugo se décline en seize (oui, SEIZE) catégories qui peuvent être réparties en quatre grands ensembles : les œuvres de fiction (différenciées selon leur longueur et leur nature littéraire, graphique ou télévisuelle/théâtrale), les magazines (professionnels ou non), les œuvres de fan (podcasts, fanfictions, œuvres d’art…) et celles de professionnels (les éditeurs et les artistes). Sans oublier une dernière catégorie assez spéciale : le meilleur livre non fictif, qui récompense une œuvre non fictive ou dont l’intérêt premier ne réside pas dans le caractère fictionnel.

En principe, les votants peuvent décider de ne récompenser personne s’ils estiment qu’aucune œuvre n’est digne de la distinction. Dans la réalité, c’est assez rare… Mais les votants ont utilisé la possibilité qui leur était offerte lors de l’édition 2015, pour laquelle près d’un tiers des catégories n’ont pas été récompensées.

Comment sont sélectionnés les vainqueurs ?

Point de jury élitiste à la française : ce sont les participants à la convention de SF « World Science Fiction Convention » qui votent, c’est-à-dire, en gros, ceux qui ont payé leur billet d’entrée – qui n’est pas franchement donné, d’ailleurs : un adulte doit s’acquitter de la modeste somme de 185 dollars (!) pour se voir doté du droit de vote.

La convention se tient la plupart du temps en Amérique du Nord et elle n’a jamais eu lieu en France, ce qui est bien dommage. Les (rares) chiffres que j’ai trouvés font état de 8000 visiteurs, mais tous n’ont pas forcément le droit de vote.

La victoire ne donne pas lieu à un versement monétaire à l’auteur-e : le ou la gagnant-e a droit à un trophée, et puis c’est tout. Mais c’est déjà beaucoup : le fait de remporter le prix Hugo constitue un outil de promotion très, très important.

L’édition 2015, théâtre d’un affrontement mené par des chiots tristes et enragés

En 2015, le prix Hugo a été le lieu d’un affrontement mené par des fans se définissant comme des « Sad Puppies » (chiots tristes) ou des « Rabid Puppies » (chiots enragés) – si j’étais eux, je virerais rapidement la personne chargée du choix du nom. Plutôt situés à droite politiquement, ces groupes ont exprimé leur déception par rapport aux orientations prises par la science-fiction contemporaine, qui serait ouvertement de gauche et s’éloignerait (selon eux) de la tradition du genre pour faire toujours plus de place aux femmes et aux minorités. Toute cette ouverture au changement et aux autres, ça me réchauffe le cœur, pas vous ? En réaction, sept nominés soutenus (sans avoir rien demandé) par ces groupes de pression ont préféré se retirer et les votants ont choisi de ne pas récompenser les cinq catégories pour lesquelles seuls des nominés estampillés « Sad/Rabid Puppies » étaient en lice.

Toute cette affaire a pas mal fait parler d’elle – sans doute pas dans le sens souhaité par les « Puppies ». Ces derniers n’ont, à ma connaissance, pas eu beaucoup de témoignages de soutien. Etrange… pour une cause aussi noble, pourtant, on se serait attendu à ce qu’ils affluent (« Vive le statu quo ! vive les hommes blancs triomphateurs libérateurs de galaxie ! »).

Voilà, vous savez tout sur le prix Hugo… Ou presque. Nos recherches auront buté sur un point essentiel : pourquoi donc la statuette du prix ressemble-t-elle autant à un jouet pour adultes ? Le mystère demeure et c’est un point que les Sad Puppies ont soigneusement évité d’évoquer. Complot, je crie ton nom.

Et si vous voulez voir la liste complète des nominés et des gagnants du prix 2017, allez donc faire un tour par ici.