Quand certains se délectent au rayon BD de la Fnac, je dois avouer que ce genre m’a longtemps laissée perplexe : à la notable exception de la série des Yoko Tsuno (déjà de la SF !), les BD me paraissaient souvent moins intéressantes que les « vrais » livres, c’est-à-dire de bons gros romans.

Et aujourd’hui ? Et bien, c’est toujours la même histoire : tout change, rien ne change – c’est-à-dire que si je continue, la plupart du temps, de me tourner spontanément vers des romans, je suis plus ouverte aux BD… et notamment à celles de Tom Gauld. Voici cinq excellentes raisons de vous précipiter sur son dernier opuscule de SF drôle et mélancolique, Police Lunaire (paru en 2016) – même si, comme moi, vous n’êtes pas des habitués du genre.

  1. Un trait apparemment simple mais très délicat

Puisqu’il s’agit d’une BD – certains diraient : d’un roman graphique – le dessin est évidemment important. Le style de Tom Gauld me plaît beaucoup : son apparente simplicité, avec un côté presque enfantin au premier abord (les personnages et les paysages sont très stylisés) cache en réalité une grande délicatesse, tant dans la réalisation de chaque case que dans l’agencement des pages, dont certaines sont de vrais petits bijoux. L’histoire de Police Lunaire se déroule… sur la Lune, ce qui donne lieu à un traitement dans des tons de gris et de bleus qui se rapproche du noir et blanc contribuant à donner au livre sa dimension mélancolique.

  1. Une SF poétique et mélancolique

Il émane du livre une poésie teintée de mélancolie qui me paraît relativement originale dans le champ de la SF, souvent plus tournée vers la chanson de geste que le murmure d’une berceuse. Le policier qui est le (anti) héros de l’histoire est chargé de faire respecter l’ordre sur une planète qui se dépeuple. Alors que le thème de la conquête spatiale est un topos récurrent de la SF, Tom Gauld en prend le contrepied : à la figure de l’aventurier répond celle du policier un brin déprimé. Le style vintage des bâtiments et des combinaisons renforce l’impression que l’histoire se déroule en fait dans le passé.

  1. Un humour absurde

Notre policier solitaire se retrouve à courir après une ado fugueuse, un chien perdu, un Neil Armstrong automatisé qui s’échappe du musée pour redécouvrir la Lune… Autant de saynètes d’un humour exquis, à la limite de l’absurde. Comme il semble dépressif, les autorités lui envoient un robot psy – hélas, sans doute sensible à la poussière lunaire, celui-ci succombe au bout de quelques heures.

  1. Une histoire plus profonde qu’il n’y paraît

Une BD de SF poétique et pince-sans-rire, c’est déjà pas mal. Mais ce qui fait passer ce livre de l’autre côté de la barrière qui sépare les bons livres vite oubliés de ceux qu’on relit et auxquels on repense souvent, c’est son message doux-amer : la déception du type qui rêvait depuis toujours d’être policier sur la Lune et qui se retrouve seul sur une planète désolée, n’est-ce pas un peu celle de tout le monde face à ses rêves d’enfant ?

  1. Une réalisation soignée

Ca pourrait paraître anecdotique, et pourtant : avoir un joli livre entre les mains est un vrai plaisir… surtout dans le cas d’une BD. L’édition de « Mooncop » (je l’ai lu en anglais) par la maison Drawn & Quaterly est fort bien réalisée : une belle couverture cartonnée, des pages de papier épais et mat permettent de profiter de l’histoire et du dessin sans s’énerver sur une impression fade ou ratée.

(Et quand vous aurez fini « Police lunaire », vous pourrez poursuivre avec « You’re all just jealous of my jetpack », dont une des pages illustre cet article !)