Il y a quelques semaines, je suis allée voir Premier contact. Les critiques étaient bonnes et mes ami-e-s enthousiastes : a priori, rien à craindre sur la qualité du film. Et pourtant j’y allais pas très rassurée, me demandant si la pellicule allait réellement valoir le prix (exorbitant, au demeurant) de ma place de cinéma.

C’est que la plupart des films marketés SF sont… peut-être pas mauvais… mais pas terribles, disons. Un peu comme des frites refroidies : ce n’est pas dégoûtant et on ne peut rien reprocher aux ingrédients, mais on n’a pas non plus exactement envie de se jeter dessus.

Finalement, j’ai adoré le film et j’en suis ressortie avec des étoiles et des heptapodes dans les yeux. J’attends de pied ferme les prochaines œuvres de Denis Villeneuve, en particulier son adaptation de Dune. Mais cette hésitation initiale m’a fait réfléchir : pourquoi donc tant de films de SF restent médiocres malgré un pitch séduisant, des acteurs qui font le job et des effets spéciaux corrects ?

Il me semble que trois raisons principales l’expliquent.

  • Trop d’effets spéciaux

Visiblement, dans la tête de la plupart des producteurs science-fiction rime avec « vaisseaux spatiaux de folie, aliens et explosions en tous genres ». Entendons-nous bien : je n’ai absolument rien contre quelques bonnes scènes d’action et je suis la première à m’esbaudir devant le bestiaire de Star Wars ou le vaisseau d’Interstellar. Mais une avalanche d’effets spéciaux n’a jamais remplacé un scénario – et Avatar en est une démonstration éclatante. Cela explique d’ailleurs que quelques-uns des tous meilleurs films de science-fiction (comme District 9 ou L’armée des 12 singes) aient été tournés avec un budget relativement réduit : cela évite justement une orgie d’effets visuels qui masquent mal l’absence d’intrigue ou nuisent à son suivi.

  • Trop d’idées

Ce deuxième piège est plus subtil et totalement paradoxal : parfois, le problème réside dans la surabondance d’idées et de thèmes développés. La plupart des grands livres de SF développent un univers cohérent, crédible et dont les ramifications sont multiples et on pourrait se dire qu’il est bien naturel que les œuvres cinématographiques suivent le même chemin. Oui, mais un livre de 800 pages et un film de deux heures ne peuvent pas prétendre au même degré de complexité. Le ou la cinéaste ne dispose pas des mêmes armes que l’auteur-e, qui peut choisir de mettre la narration sur pause pour expliquer l’origine d’un rituel ou la signification d’un mot. Dans un film, tout doit passer par l’image et le dialogue : à moins de recourir à des artifices souvent repérables à dix kilomètres (par exemple quand un personnage se sent soudainement l’envie d’expliquer à un autre l’histoire de sa civilisation), cela implique de simplifier. Quitte à renoncer à certains thèmes.

  • Trop de clichés

Le troisième écueil sur lequel s’échouent – selon moi – de nombreux films de SF est celui du « film de genre ». J’ai particulièrement en tête les grosses productions au budget titanesque. On sent que le film résulte avant tout d’une stratégie marketing et on imagine très bien les types en costard qui ont décider de lancer un « produit » ciblant les 25-45 ans un peu geek, amateurs de SF. Le film fournit au public ce qu’il est censé vouloir et coche toutes les cases du genre : l’humanité est en danger à cause des robots/des aliens, heureusement un héros qui semble n’être rien mais qui en fait a des pouvoirs cachés/de gros biscottos s’élance et sauve la veuve et l’orphelin tout en emballant une bombe qui traînait par là (le monde est bien fait). En chemin il fait exploser beaucoup de choses sans trop transpirer au milieu des flammes, dans une tenue futuriste qui met en valeur sa plastique.

AU SECOURS.

Attention, j’adore les « classiques » de la SF et je ne pense pas qu’il soit nécessaire de jouer avec les codes d’un genre (quel qu’il soit, d’ailleurs) pour produire un film de qualité. En revanche, il me paraît indispensable d’aimer ce genre et de le comprendre. Et non de chercher uniquement à dégager du cash…

Voilà, c’était la conclusion romantico-politique du jour.

Je suis certaine qu’il y a d’autres difficultés qui attendent le réalisateur de SF au tournant – si une vous vient en tête, proposez-la dans les commentaires !