Beaucoup de bons romans de SFFF donnent lieu à des adaptations cinématographiques. Pour les lecteurs/spectateurs, cette situation donne lieu à tout un tas d’épineuses questions : quels sont les atouts du bouquin ? et ceux de son adaptation ? quand on a lu le roman, regarder le film en vaut-il la peine ? ou bien va-t-on faire une crise cardiaque en découvrant qu’un des personnages secondaires a été rayé de l’intrigue et que la fière guerrière a été transformée en cruche énamourée ? Pour vous, Futur Conditionnel mène l’enquête.

Penchons-nous aujourd’hui sur le cas de la Stratégie Ender, qui est à la fois un roman écrit par Orson Scott Card, paru en 1985, et un film de 2013 de Gavin Hood.

L’intrigue

Des doryphores venus de l’espace ont failli exterminer la race humaine il y a cinquante ans. Depuis, un programme de formation sélectionne les jeunes esprits les plus talentueux pour les entraîner à les combattre. Leur mission finale : exterminer les doryphores.

Ender, le héros, est choisi pour faire partie du programme. Ce n’est pas n’importe quelle recrue : il est censé être celui qui mènera tous les autres à la victoire… Mais réussira-t-il à garder son humanité ?

La guerre des qualités

  • Le livre 

Les éléments de l’histoire sont très classiques en SF (guerre spatiale, un jeune garçon sauveur de l’humanité…), mais ils sont traités avec une profondeur qui évite de s’enliser dans des stéréotypes lassants. Derrière le roman d’aventures et de formation se cachent des interrogations très actuelles : une guerre de riposte a-t-elle un sens ? La fin justifie-t-elle les moyens ?

Le roman est bien rythmé et les étapes de l’intrigue s’enchaînent sans temps mort. Les scènes de bataille sont décrites avec précision et on vibre avec Ender et son équipe.

L’intrigue secondaire centrée sur le frère et la sœur d’Ender, Peter et Valentine, permet au roman de gagner en profondeur en abordant un thème moins épique mais crucial : la guerre de l’information.

Cerise sur le gâteau : la fin du roman est à la fois délicate et intelligente.

  • Le film

La mise en image est très réussie et fidèle au roman : le contraste entre la Terre et la station spatiale est bien construit. J’ai adoré le fait de voir la salle d’entraînement, le vaisseau, le jeu vidéo d’Ender… Harrison Ford est convaincant en colonel Graff et le jeune acteur qui interprète Ender, Asa Butterfield, fait le job. Les scènes de combat sont bien filmées et vont à l’essentiel – pas de bataille qui dure quinze minutes et c’est tant mieux !

L’intrigue (centrée exclusivement sur Ender) est elle aussi très fidèle au livre : pas de mauvaise surprise !

Le combat des défauts

  • Le livre

Le classicisme du roman est plaisant, mais son côté très léché peut agacer : l’auteur n’a pris aucun risque en matière de style d’écriture et, au fond, l’intrigue ne révèle pas de réelle surprise. J’ai personnellement eu envie de hurler au moment de l’explication sur la raison pour laquelle les filles étaient minoritaires dans les recrues du programme de formation.

  • Le film

L’intrigue est centrée exclusivement sur Ender et la partie du roman concernant Peter et Valentine est laissée de côté : dommage, cela fait perdre en profondeur et renforce encore le classicisme de l’intrigue, qui devient une histoire somme toute assez banale de lutte contre des envahisseurs spatiaux.

La fin est un peu bâclée – et là encore déséquilibrée par l’absence de référence à Peter et Valentine.

Les déclarations d’amitié entre Ender et ses coéquipiers, émouvantes dans le roman, confinent parfois à la niaiserie dans le film et les dialogues sont taillés à la hache.

Verdict ?

Paradoxalement, je pense que le film a plus d’intérêt si on a déjà lu le livre que dans le cas où l’on découvre totalement l’histoire. Un lecteur du roman aura le plaisir de voir des éléments de l’univers mis en image et complètera l’intrigue là où elle a besoin de l’être. Au contraire, un novice risque de rester un peu sur sa faim.

Conclusion : si on a lu le livre, on peut regarder le film un soir de pluie. Si ce n’est pas votre cas,  passez votre chemin : vous pouvez trouver mieux.

La prochaine fois, on étudiera le cas de La Guerre des mondes.