En explorant l’internet mondial à la recherche d’informations et d’articles sur la science-fiction, je tombe encore et encore sur pléthore d’articles autour du même thème : la science-fiction aurait prédit le futur. Et de citer quelques cas dans lesquels les auteurs de SF ont anticipé des évolutions technologiques dont nous faisons aujourd’hui l’expérience, par exemple Skype imaginé dès 1927 dans le film Metropolis ou les voitures sans pilote de Minority Report qui rouleront demain dans nos rues avec les projets de Google et de Tesla.

La capacité de la SF à se projeter dans un avenir qui n’est pas qu’une pure fantasmagorie pour prépubères – contrairement à l’image qu’en ont certains – mérite en effet que l’on s’y attache, et je suis moi aussi bluffée par certaines intuitions géniales.

Mais il ne faut pas se le cacher : dans l’immense majorité des cas, les auteurs de SF se trompent complètement sur les inventions technologiques du futur et la plupart des technologies présentées dans les romans n’existeront jamais – ou pas sous cette forme.  On retient et on cite abondamment la dizaine d’objets ou de services correctement imaginés par la SF – en laissant tomber dans l’oubli les centaines de cas dans lesquels on s’est fourré le doigt dans l’œil. À vrai dire, je fais sereinement le pari que 99,99 % des objets imaginés par la SF n’existeront jamais.

Et pour cause : on a déjà du mal à se mettre d’accord sur le futur très proche. Les économistes s’arrachent les cheveux pour se mettre d’accord sur le taux de croissance attendu en 2017. Alors, l’état du monde et de la technologie dans des dizaines, des centaines voire des milliers d’années…

Est-ce que c’est grave ? Est-ce que ça diminue d’un chouïa la valeur de la SF ? Pas le moins du monde.

Car si la SF, même la grande SF, se trompe souvent sur le futur, elle nous dit toujours une forme de vérité sur notre présent. Les grands romans de science-fiction nous obligent à nous confronter aux évolutions que nous vivons déjà sans les voir car elles sont trop insidieuses, parce que nous y sommes trop habitués ou encore parce qu’elles nous font trop peur et que nous préférons les oublier.

Prenons un exemple très célèbre : nous savons avec certitude que le monde « réel » de l’année 1984 n’a pas correspondu et ne correspondra jamais à l’univers terrifiant décrit dans le roman 1984. Et pourtant nous continuons de lire ce livre. Parce qu’il parle de nous, de nos peurs face au délitement des régimes démocratiques. Ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard si le livre fait partie des meilleures ventes aux États-Unis depuis l’élection de D.Trump… Par ailleurs, un auteur de SF peut se tromper en matière de technologie mais taper en plein dans le mille sur l’usage social qui en est fait. Par exemple, la « psychohistoire » décrite par I.Asimov n’existe pas, mais le profilage par le biais de l’analyse des données personnelles que permet le Big Data pourrait bientôt avoir des conséquences similaires.

Contrairement à une idée répandue, la raison d’être de la SF n’est pas de prédire, avec plus ou moins d’efficacité et de précision, le futur – pas plus que de distraire des lecteurs nerdy inaptes à la « vraie » littérature. C’est de tendre un miroir (parfois déformant) au présent.

Et de nous rappeler qu’il est urgent de comprendre ce que l’on vit – maintenant.