L’entreprise Snapchat devrait entrer en bourse en mars et compte lever à peu près 3 milliards de dollars.

L’entreprise ne dégage aucun profit et ne sera sans doute pas rentable avant longtemps – si elle l’est un jour. Pourquoi des actionnaires a priori pas demeurés investiraient de l’argent frais dans une société qui ne pourra certainement leur verser de dividende dans les années à venir ? Parce qu’ils anticipent une augmentation de la valeur de l’entreprise.

Et quel est le gisement de valeur de Snapchat ? Ses données.

Dans l’économie de demain, la valeur d’une entreprise dépendra moins de son chiffre d’affaires que des données qu’elle permet de récolter sur ses clients – permettant ainsi de cibler les électeurs susceptibles de basculer dans un camp (jurisprudence Trump) ou de cibler les publicités de voyage sur les utilisateurs qui viennent de rompre (comme le fait Facebook, plutôt avec succès au regard de la rentabilité de l’entreprise).

La data, c’est l’or (invisible) des centaines d’années à venir. Et avec 158 millions d’utilisateurs actifs en 2016 et une croissance à deux chiffres, Snapchat est un gold-digger plutôt convaincant.

Cependant, il y a un petit problème avec les données… C’est qu’elles concernent des gens. Vous, moi, la voisine et le boulanger.

Elles sont même produites par des gens : les données les plus intéressantes ne sont pas des faits bruts qu’il suffit de récolter (par exemple votre date de naissance, votre genre ou votre taille) mais traduisent des comportements, des choix. Ce que vous avez liké sur Facebook : la vidéo de chaton, l’article qui parle de géopolitique ou le post pro-FN de votre cousin ? Vos plus récents voyages : dans la Beauce ou à San Francisco ? Une seule information de ce genre est anecdotique et complètement impossible à interpréter. Mais un chercheur en psychométrie, Michael Kosinski, a montré qu’avec plusieurs centaines de « likes » sur Facebook, on pouvait déterminer beaucoup des goûts et des tendances d’un individu. Et si on répète le processus sur beaucoup d’individus, c’est encore mieux : la récolte des données est à la fois plus intéressante et moins contestable. C’est de l’or.

On entre donc dans une drôle d’économie, où la valeur est créée par les utilisateurs d’un service (Facebook, GoogleMaps, Instagram – you name it) et récoltée par les entreprises qui gèrent les services qu’ils utilisent souvent gratuitement. Rep a sa, Marx : une forme d’aliénation 2.0 consentante et indolore présentée sous les atours séducteurs d’un marché gagnant-gagnant.

C’est ce qui explique que la protection des données soit si compliquée à mettre en œuvre. Il ne s’agit pas de cacher dans un coffre-fort quelques informations bien précises à propos de nous : on a laissé traîner sur internet notre date de naissance et notre adresse depuis des années, ne serait-ce qu’à l’occasion d’une commande.

L’enjeu, c’est de ne pas laisser des entreprises vendre nos choix passés à d’autres firmes qui essaient d’influencer nos décisions futures.

Pas de solution miracle, donc.

Même les antivirus sont un peu comme la culotte anti-viol : une fausse bonne idée (nous explique un développeur sur son blog, repris par Ars Technica (en anglais) puis par 01Net (en français)). Sous prétexte de nous protéger, ils créent plus de problèmes qu’ils n’en règlent. Oui, mais alors, que fait-on ? On fait attention. À ce qu’on télécharge, aux liens sur lesquels on clique, à la mise à jour régulière de son système d’exploitation…

Il faut avant tout changer ses habitudes. Peut-être qu’on peut commencer par utiliser Qwant, un moteur de recherche respectueux de notre vie privée. Un test rapide m’a plutôt convaincue : contrairement à d’autres moteurs de recherche sécurisés (et même cryptés) que j’avais tenté d’utiliser et face auxquels j’avais vite renoncé, les algorithmes de Qwant paraissent plutôt bien foutus et l’interface est chouette. Bref, le moteur a rejoint mes favoris. Et les vôtres ?