Bien que plein d’autres langues et cultures tirent leur épingle du jeu, une grosse partie de la littérature de science-fiction est écrite en anglais, ou plus exactement en américain.

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Les parfaits bilingues sont rares, les amateurs de SF complètement hermétiques à la culture et à la langue américaines aussi : reste donc un gros troupeau de lecteurs English-speaking mais pas trop trop à l’aise non plus, dont je fais partie.

Le dilemme est réel : je lis la traduction ou l’original ?

Lire en anglais a, selon ses partisans, plein d’avantages : la langue est authentique, les trouvailles stylistiques ne sont pas passées à la moulinette parfois destructrice de la traduction et en plus de ça on améliore son niveau d’anglais tout en s’amusant. Et puis, c’est plus chic de lire en V.O. : tout de suite, ça pose ton multiculturalisme et ton intransigeance intellectuelle.

Je suis plutôt d’accord avec tout ça et je lis régulièrement en anglais ou en italien. Je suis plus lente qu’en français et il m’arrive de ne pas tout comprendre, en particulier les descriptions, mais ça me va comme ça. En général donc, j’aime bien la V.O.

Mais je trouve que le problème se pose de façon beaucoup plus aigüe dans la littérature de science‑fiction : puisqu’ils parlent d’un univers qui n’existe pas (encore), les auteurs inventent presque toujours des mots. C’est à la fois un argument supplémentaire en faveur de la V.O. et un gros souci potentiel : oui, les néologismes appartiennent à la langue dans laquelle ils sont créés, mais Dieu qu’ils peuvent être difficile à apprécier quand on ne comprend pas leur référent implicite, qu’il soit linguistique (le mot à partir duquel ils sont créés) ou culturel (la constellation de faits et d’opinions que tout Américain amateur de SF a en tête… mais pas toi).

Et même, de façon plus générale : la science-fiction est un genre par essence surprenant, l’auteur te prend par la main (ou parfois t’agrippe violemment par le col) et t’emmène faire un tour dans son futur. Quand tu n’es pas sûr-e d’avoir bien compris une phrase ou un passage, tu n’as pas de contexte historique auquel te rattraper ni d’interprétations a priori absurdes à rejeter : en théorie, le roman peut tout à fait se situer dans l’œil d’une baleine cosmique en orbite autour de Mars. Pour le dire clairement et sous forme d’alexandrin : quand tu ne comprends plus, tu es vraiment perdu-e. Même le dictionnaire peut être d’une aide limitée, cf. les néologismes qu’on vient d’évoquer.

Qu’est-ce qu’on conclut de tout ça ?

Que je lis presque toujours en français et que je ne m’en porte pas plus mal – à condition que le ou la traducteur-rice fasse correctement son job, ce qui est le cas dans, disons, 95 % des cas. Quand l’ouvrage que je veux n’est pas ou plus disponible en français (ce qui arrive assez souvent en science-fiction, même sur des titres connus), j’achète la version originale.

Et, bien sûr, je fais semblant d’adorer ça. Nobody’s perfect, you know.